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Conférence : Lutter contre l’extrême-droite

Le groupe “Démocratie pour Aix” invitait la semaine dernière, sous l’impulsion d’Hervé Guerrera, Gérard Tautil pour parler de l’extrême-droite.

Intervention d’Hervé GUERRERA lors de la soirée du 15/02/2017 « Contrer l’idéologie de l’extrême droite, combattre les dérives de la droite extrême ! » organisée par le groupe des élus d’opposition de la ville d’Aix-en-Provence « Démocratie pour Aix »

Bòna vesprada en totei e ben gramaci per vòstra bòna presència. Siguètz benvengudas e benvenguts. Je tenais à ouvrir cette soirée, et merci bien de votre présence dans « nòstra bèla et rebèlla lenga d’Òc »

Je vous invite, pour rentrer dans le sujet de ce soir, à nous interroger sur le lien à établir entre promotion, défense d’une langue, vision d’un territoire, qu’il soit national, régional ou local et les questions à l’ordre du jour de ce soir : « Contrer l’extrême droite, combattre la droite extrême ». Quand on est engagé sur des problématiques relatives à l’identité, personnelle, sociale, territoriale… deux grandes voies, deux chemins radicalement différents sont devant nous.

Le premier est celui de la promotion d’une identité fermée, la langue, quelle qu’elle soit, est alors là pour s’ériger en tant que barrière. Les murs et les frontières se dressent en remparts infranchissables et l’autre l’estrangier, le bomian, le ROM est désigné à la vindicte populaire comme la source de tous les maux. L’Histoire nous apprend que ces particularismes exacerbés, ces nationalismes intégraux, pour reprendre le concept Maurrassien, confinent aux barbaries dictatoriales dont le fascisme; puis la dimension biologique du nazisme vont aller jusqu’à l’horreur absolue de la solution finale, de ses génocides et ses millions de morts.

La seconde voie est à l’opposé de la précédente. Il s’agit de s’appuyer sur une identité ouverte pour faire société. La langue, la lenga quala que siegue, est alors un objet de partage, un outil d’intégration, un rempart qui fait opposition au grand laminoir culturel de la standardisation libérale. Langue et identité deviennent des ponts, pas des murs et trouvent leurs places dans l’accueil et l’échange entre anciens et nouveaux arrivants. Les frontières s’estompent, les continents – mondes apparaissent et de nouveaux espaces de solidarité se dessinent à l’échelle de l’Europe, de la Méditerranée comme de la planète. Nous sommes dans le respect des spécifiés de chacun, des peuples, des régions et des citoyens d’une même terre.

Si le choix de s’inscrire dans l’une ou l’autre de ces voies, exclusive et inclusive dirons-nous, peut sembler évident, l’Histoire, l’actuelle montée planétaire des populismes nous rappellent qu’il n’y a, hélas, rien de moins vrai.

Les crises économique, écologique, culturelle… sont à l’œuvre et dans ces temps compliqués où misère et survie sont de réels handicaps à la réflexion comme à une vraie citoyenneté active de dangereux démagogues viennent agiter les peurs. Ces peurs multiples, à commencer par celle du lendemain ou de la fin du mois, sont attisées par ces marchands de désespoir aux objectifs antisociaux, anti-sociétaux et anti démocratiques. Le FN, ses groupuscules satellites que sont l’Action Française, les “Identitaires” et tous les autres nazillons de bas étage, recyclent ainsi des vieilles recettes qui ont fait, par le passé, le succès de l’extrême droite.

Rappelons qu’en période de crises le premier réflexe est de se réfugier derrière un passé prétendu idyllique, « c’était mieux avant », dans une maison devenue, une « America first », un « chez nous » inviolable, infranchissable et dont tous ceux qui ne sont pas dans le standard, devenu aussi exclusif que sclérosé, sont ou seront bientôt exclus.

Ce piège-là il faut le combattre en marchant simultanément sur « deux jambes » sans vraiment de hiérarchie entre elles.

La première c’est celle des valeurs, des idées, de l’éthique, de la lutte pour les droits, de l’opposition frontale à toutes les formes de révisionnisme. J’illustrerai ce combat avec des exemples régionaux et locaux.

Quand Charles Maurras, grand intellectuel et adversaire redoutable, prône la monarchie et combat, jusqu’à la violence la plus extrême la république, nous devons lui opposer ceci : comment osez-vous dire de telles horreurs sur cette terre structurée par la démocratie des grecs, organisée en républiques romaines, cette Provence si fière de sa constitution qu’elle a portée jusque dans le rattachement à la France à la fin du 15ième siècle ? Comment, devant ce peuple si épris de liberté, celle des révolutionnaires de 1789, des républicains de 1851, des maquisards et autres résistants, pouvez-vous revendiquer un modèle monarchique autoritaire ? La vérité historique c’est que nous en sommes, tout particulièrement ici et depuis 26 siècles, la stricte antithèse.

Comment oublier que la langue historique de la Provence, comme son nom de Provincia, nous est venue de l’étranger ?

Comment l’antisémitisme Maurrassien s’accommode-t-il du fait historique avéré qu’en Provence on a cohabité avec l’islam d’Al Andalus et « accueilli », même s’il faut mettre des guillemets la chose est fondée et les rues de nos villes en portent la trace, les juifs quand de partout en Europe ils étaient rejetés ?

L’action violente de l’Action Française, Ligue factieuse dissoute en 1936 qui a vu son journal éponyme définitivement interdit pour collaboration en 1945 se base tout simplement sur un révisionnisme mensonger ! Et les “Identitaires” qui défilent en prétendant chanter la « Coupo Santo » ne cherchent qu’à récupérer, à déformer une Histoire qui les nie dans leurs plus profonds fondements.

Lutter contre le révisionnisme, pour les droits c’est les premiers objectifs de ce cordon sanitaire maintenir face à l’extrême droite et à la droite extrême. Aussi quand en 2011 Maryse Joissains ose faire voter un texte qui stipule « qu’il est urgent de rétablir les frontières intérieures parce qu’on ne peut pas intégrer » en visant explicitement les populations ROMs dont elle ne veut plus sur « sa commune », nous sommes mobilisés à leur côté sur le plan du droit et de la dignité.

Quand les élus FN de cette ville, qui ont l’oreille de l’exécutif municipal, dénoncent les associations d’aide à l’insertion, les structures de quartiers populaires, là encore nous savons nous organiser et porter ensemble une réponse collective. Quand le Président de la Région fait voter une motion anti réfugiés, là encore la réprobation est totale. Quand des attaques sont perpétrées par ces groupuscules, « boostés » par les scores de l’extrême droite, – groupuscules, appelons un chat un chat, fascistes revanchards -, nous sommes unis et notre réaction est globale. Je voudrais d’ailleurs dire toute notre solidarité au Parti Communiste qui a tout récemment subi le dernier avatar d’un harcèlement que la justice reste bien peu encline à réduire.

Il faut le dire et le souligner avec force la réaction à tous ces événements a toujours été transversale et les mouvements démocratiques, les partis politiques, qu’il faut remercier pour leur sens des responsabilités, ont su, peut-être à Aix-en-Provence plus qu’ailleurs, s’unir pour protéger un bien commun à tous : Les bagarres sur les services publics, le climat, le refus de traités sources d’inégalité confortent, au final, la démocratie et la république.

Combattre pour l’éthique et les valeurs est nécessaire, plus que nécessaire, mais, et j’en terminerai par là, ça ne peut être suffisant.

Les quartiers populaires, comme d’ailleurs certains de ces isolats créés par une insupportable extension immobilière, sont aujourd’hui plus que menacés. Dans ces espaces que n’irrigue plus, ou très mal, le service public, quand les aides locales, départementales, régionales, d’Etat, viennent réduire une action de terrain auprès des minots la sociabilité ne peut que reculer. Alors livrés à eux-mêmes ces quartiers voient se développer des logiques mafieuses ou fondamentalistes. Ces intérêts particuliers poursuivent en fait le même but que le FN : casser le vivre ensemble, faire éclater la cité, éliminer la convivialité provençale, abattre la transparence démocratique et républicaine.

Cette logique du chaos est également soutenue par ces quelques moutons noirs de la police qui, manipulés par l’extrême droite, stigmatisent violemment la population de ces quartiers. On n’en a vu récemment les dramatiques conséquences.

Mais faire cette analyse ne peut suffire, la deuxième partie de notre action anti FN est bien évidemment une présence sur le terrain, aux côtés des acteurs de l’insertion, avec celles et ceux qui se battent pour le service public, le renouvellement urbain, la solidarité. De partout ces réseaux, composés d’ héros du quotidien, existent et donnent du sens à l’accueil, la convivialité provençale, l’humanité. Cette présence, ces contacts sont indispensables. Les liens sociaux sont à tisser, retisser ou à entretenir et cette action est un incontournable garant de la vie paisible et démocratique de la cité jusqu’au pays.

Oui, rompre l’isolement, reconstruire les solidarités, valoriser les proximités, agréger les quartiers dans un projet commun de ville ou de regroupements communaux, urbains ou ruraux, restent des chantiers encore aujourd’hui trop en déshérence. Mais nous ne pouvons plus, si nous voulons éviter le pire, voir s’accroître les inégalités sociales et territoriales sans agir, sans réagir.

Et c’est à cette action, devant cette responsabilité que nous sommes tous, citoyens, associatifs, politiques, élus… confrontés et vraiment, vraiment il y a urgence !

Vos gramaceji ben de vòstra bòna escota !

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