«

»

4 raisons de refuser un parking sous le Parc Rambot

Intervention d’Hervé Guerrera
lors du Conseil Municipal du 23 septembre 2016
C’est par décision du 27 Septembre 1859 que le conseil Municipal, présidé par le Maire Emile Rigaud, dans cette salle même, acceptait le legs de Monsieur Gustave Bruno Rambot. La ville, manifestant sa volonté de satisfaire toutes les conditions attachés au legs par le testateur, rentrait alors en jouissance du jardin de 1000 m2 dénommé « enclos de Beaufort » que possédait Monsieur Rambot au Cours Saint Louis, actuel Cours des Arts et Métiers.
Les conditions du legs furent particulièrement explicites : Je cite la délibération de la ville qui reprend le testament : « Ce legs a été fait à la condition expresse que le jardin serait consacré à une promenade publique ou plutôt à un jardin public d’agrément avec des ombrages variés, des labyrinthes, des massifs, des kiosques, etc… afin que les goûts de loisir ou d’étude puissent y trouver dans les journées d’été la solitude et la fraicheur favorables à la causerie, à la lecture ou à la méditation. Le bâtiment [qui faisait partie du legs et qui est aujourd’hui disparu] sera destiné à contenir des collections scientifiques telles que Musée d’Histoire Naturelle ou d’Archéologie herbiers, etc. »
Outre d’être toujours d’actualité sur ces derniers points, l’archéologie comme le Muséum restent en attente de lieux définitifs, la clairvoyance et la vigilance de Monsieur Rambot sont particulièrement aiguisées. Il ajoute « Une plaque [ …] devra être placée […] vis-à-vis de l’avenue pour indiquer le nom du donateur et sa double destination ci-dessus indiquée afin qu’elle ne soit pas dénaturée par la suite. »
Voilà pourquoi furent gravées, sur tous les piliers d’entrée du parc, les mentions de « Parc Rambot » rendant ainsi hommage au geste du généreux donateur. Pour être complet sur ce point il nous faut dire que 3000 mètre carrés, au vis-à-vis de la rue Nostradamus, ont été ajoutés à l’enclos Beaufort, les deux formant le Parc tels que les visiteurs et les familles peuvent le voir aujourd’hui.
En matière de legs, c’est précisé dans les articles dans les articles 900-2 à 900-8 du code civil, toute municipalité dispose d’un délai de 10 ans pour changer la destination d’une donation et doit le faire aux termes d’une procédure précise. Au-delà de ce délai, largement dépassé pout le cas qui nous intéresse, le legs est acquis dans les conditions voulues par le testateur et acceptées par la Municipalité.
La délibération que vous nous proposez pose un lourd problème de droit. Même si j’ai bien noté l’argutie qui consiste à dire que l’ouvrage sera réalisé au « tréfonds du Parc Rambot » et qu’il permettra je cite toujours votre proposition « de conserver en surface l’usage de jardin public du Parc Rambot ».
Que faites-vous Madame la Maire de l’invitation à la fraicheur explicitement voulue par le testateur. Qu’en resterait-il avec votre parking ?
A qui voulez-vous faire croire qu’un toit végétalisé présente les avantages d’un véritable jardin tel que l’a voulu Mr Rambot et tel que la ville l’a accepté ? Nous sommes là dans la « dénaturation », si je puis dire, dont la ville, comme le légataire se prémunissait en 1859 !
Et puis comment pourrait-on ré installer un jardin avec des jeux d’enfants, des poussettes, des mamans à côté d’extracteurs crachant des polluant de toute sorte ?
 
Pour réaliser l’ouvrage vous serez bien obligé de supprimer le jardin actuel, les plantations, les arbres car oui il y en a et notamment des micoucouliers et cela serait en totale contradiction avec le legs comme ne manquerait pas de le noter les institutions chargées dans ce pays de faire respecter le droit !
Nous le voyons bien la délibération change la destination du legs ce qui est strictement interdit par le code civil.
Alors pour ces raisons de droit, et je vais venir au fond du dossier, nous vous demandons Madame la Maire de ne pas soumettre la ville à de très forts aléas juridiques.
Sur le fond je veux rappeler quatre arguments qui fondent notre opposition à la présente proposition
 
 
  1. Votre projet est en contradiction avec l’objectif numéro 2 du PDU, voté en Décembre 2015 par la Communauté du Pays d’Aix, objectif qui vise à RÉDUIRE L’USAGE DE LA VOITURE. Comment pourrions-nous à la fois investir, et c’est une bonne chose, dans les parcs relais pour éloigner la voiture des non- résidents du centre-ville et réaliser des ouvrages qui l’attireraient ?
  2.  La délibération propose, à l’initiative de la SEMEPA de réaliser un parc souterrain de 300 ou 400 places, les deux chiffres figurant étonnamment dans la délibération, sur 4 niveaux. Cette proposition n’est accompagnée d’aucune étude portant sur les qualités des sols à perforer, les veines hydrauliques potentiellement présentes. Aucun macro chiffrage du coût de l’ouvrage n’est présent. Qui peut faire croire que la SEMEPA n’ait pas ces données dans ses cartons et pourquoi ne les rendez-vous pas publiques ? Rappelons que d’autres études avaient conclues, à cause des mouvements d’écoulement d’eau, qu’il n’était pas possible, voire dangereux d’envisager une infrastructure souterraine à cet endroit-là.
  3. La redondance avec un équipement existant. Cette nouvelle localisation du parking, improvisée au cours d’une réunion publique tumultueuse et suite à une mobilisation salutaire pour sauver nos platanes d’alignement, nous rapproche encore, à quelques dizaines de mètres, du parc de stationnement Rambot. L’utilisation optimale de ce dernier éviterait aux aixois d’avoir à débourser plusieurs fois des millions d’Euros pour la même infrastructure. Le coût du parking Rambot, inauguré en 2009 ce n’est pas si vieux, était de 9 Millions HT. Il nous faut en faire une utilisation optimale. Nous rappelons, et il y a urgence, notre proposition de faire, à partir de l’entrée du Parc Rambot une allée, négociée avec les Arts et Métiers, au cœur de l’école ou sur les voies existantes. Allée qui permettrait aux vélos, aux piétons et à des « Super diablines » de relier, en moins de 3 minutes, le cœur commerçant du quartier comtal. Ce passage Agard du 21ième siècle redonnerait de l’oxygène à la commercialité de ce quartier « Palais Précheurs » qui souffre à la fois de la concurrence des allées provençales, mais encore plus de la perte des marchés et des nuisances des chantiers.
  4. Le non-respect de la loi sur l’Air. La législation stipule que chacun a le droit de respirer un air qui ne nuise pas à santé. AirPaca classait, déjà en 2010, cette zone urbaine dans la catégorie des espaces dépassant les limites d’émission pour le dioxyde d’azote, pour le benzène et les particules inférieures à 10 microns. L’infrastructure, dont la délibération est l’objet, ne viendrait que dégrader un air qui n’avait pas besoin de cela pour être hors normes.
 
En conclusion compte tenu de l’aléa juridique, technique, financier, des impacts écologiques et humains de la présente nous réitérons plus que jamais nos doutes : Vu la légèreté de votre proposition, qui tient en quelques lignes, la précipitation dont vous fites preuve pour changer la localisation, les difficultés de tous ordres dont aucune ne trouve ici réponse, finalement tout cela ne serait-il pas un simple effet d’annonce destiné à faire croire à l’impossible celles et ceux qui veulent un parking à tout prix ?
 
Alors plus que jamais pour ces raisons de droit et de fond, pour que la parole et la mémoire de nos anciens soient respectées, pour que nos enfants continuent de jouir d’un vrai parc nous vous demandons Madame la Maire, avec la plus grande insistance, de retirer la présente délibération et de vous engager, enfin, dans des solutions de mobilité alternatives qui apportent des réponses durables aux légitimes questions posées par les commerçants et les habitants.

Testament Rambot

Pour ne rater aucun des articles, inscrivez vous : 

Lien Permanent pour cet article : https://democratiepouraix.fr/2016/09/23/4-raisons-de-refuser-un-parking-sous-le-parc-rambot/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>