«

»

Métropole : Nous condamnons l’acharnement « thérapeutico-juridique »

Intervention d’Hervé GUERRERA 
lors du Conseil Municipal du 29 mars 2016

Parce nous devons gérer de réels et graves problèmes de transport, de logement, d’emploi… la liste est longue, sur un espace qui dépasse largement les limites de la seule communauté du Pays d’Aix la question de la coopération métropolitaine se pose depuis toujours.

Parce que les intercommunalités concernées se sont ignorées pendant des décennies, nous voilà aujourd’hui confrontés à d’immenses défis dont la non prise en compte impacte et dégrade fortement la vie de nos concitoyens.

Sans régulation institutionnelle les phénomènes métropolitains, déjà l’œuvre sur ce vaste territoire qui couvre 80% du département et au-delà, ont fortement dégradé notre attractivité et exacerbé une dualité sociale sans précédent. Chez nous, y compris dans la ville même d’Aix-en-Provence, nous n’avons qu’à traverser la rue pour passer du RSA à l’ISF.

Le ralentissement économique, la crise de l’habitat, le vieillissement d’une population dont la prise en charge est un véritable défi pour les services publics comme privés, un aménagement du territoire ni durable, ni solidaire et largement handicapé par l’absence de coopération interterritoriale ont engendré ou accéléré nombre de difficultés :

Ainsi sur le territoire « d’Aix-Marseille Provence Métropole » s’est développée une péri urbanité dont l’étalement, sans frein, n’en finit plus de bétonner un espace aux paysages et à la biodiversité pourtant remarquables ;

Faute de transports en commun adaptés et efficaces nous subissons une thrombose circulatoire sans précédent : Il nous faut bien plus d’une heure pour faire quelques dizaines de kilomètres. Les pertes économiques, comme les conséquences sanitaires d’une pollution qui touche les plus fragiles et les plus exposés, se chiffrent en millions d’Euros

Nos centres-villes, qui continuent à perdre des habitants, se transforment peu à peu en zones commerciales sans âme où les franchisés, dont la clientèle repose peu sur une population résidente, remplacent le commerce de proximité. Ces centres sont un des aspects majeurs du manque cruel de mixité sociale et générationnelle. Ils attirent, tels un miroir aux alouettes, les convoitises d’une jeunesse en perte de repères qui en est exclue.

Les déséquilibres de tous ordres sont si criants, et si cruellement ressentis par nos concitoyens ont poussé la puissance publique à agir. Par deux fois l’Etat, en 2010 avec feu la réforme territoriale et aujourd’hui, a, en se substituant au défaut absolu de volontés locales, légiféré.

Par deux fois vous vous êtes opposée, en mettant en avant la coopération métropolitaine, plutôt que l’institution à fiscalité unique comme vous n’avez pas manqué de l’appeler. Vous disqualifiez pourtant la ville et le Pays d’Aix en mettant en avant comme exemple de travail intercommunautaire le syndicat mixte des transports de Monsieur Guérini. Syndicat que, comme pour Aix Marseille Université ou la capitale européenne de la culture, vous aviez, pourtant à priori rejeté.

Quelles sont les motivations, et elles sont importantes, de ces refus ? Elles ne peuvent qu’être résumées, et c’est fort regrettable, en une solide aversion pour la ville de Marseille. Marseille dont les couleurs s’affichent pourtant ici même dans notre salle des Etats, mais que vous préférez, ce sont vos mots prononcés au Musée Granet, « à l’époque où elle était sous les eaux ». Marseille dont vous classez tous les quartiers Nord dans la case délinquance. Marseille dont chacun sait ici en quelle estime vous tenez son premier magistrat.

C’est cette même aversion qui vous a fait afficher au balcon de notre mairie, et pour le coup sans aucune concertation citoyenne, non pas « Non à la Métropole », mais « Non à la Métropole Marseillaise ». Tout au long de votre dernière campagne municipale vous n’avez cessé de dénoncer l’autre, l’estrangier métropolitano-marseillais ! Comme quoi, et encore plus en période de crise, il est bien plus facile et efficace au regard des résultats électoraux, de dénoncer des boucs-émissaires, vieilles tactiques des extrêmes-droite européennes, que de porter de vraies solutions à de réelles questions.

Mais revenons à votre exemple du syndicat mixte des transports : Qu’a-t-il fait de 2009 à 2013, quatre ans, ce n’est pas rien, pour étudier et agir ? Où sont ses acquis et ses actions ? La vérité c’est, rien, nada, queudale, ren de ren ! Parce qu’il ne participait pas d’une vision territoriale partagée, ce « machin Guérinesque », lié à un département rendu obsolète par la métropole, n’a été qu’un simple effet d’annonce et d’esbroufe mis là pour brouiller des cartes suffisamment emmêlées comme ça par ailleurs.

Alors oui, face à l’absence de solutions et aux petits blocages politiciens comme de tous ordres l’Etat a agi. Deux lois, MAPTAM et NOTRE sont venus structurer une métropole qui a définitivement vu le jour le 01/01/2016.

D’aucun, et c’est une position qui a transcendé le clivage droite / gauche, ont pu trouver la méthode brutale et démocratiquement inadaptée parce qu’imposée d’en haut. Ils vous ont d’ailleurs reconnu un certain panache dans ce qui leur apparaissait comme la défense de la ville d’Aix-en-Provence et de son territoire.

Et il faut le dire ici si certains d’entre nous étaient favorables aux projets de loi cela n’entrainait en rien une « métroplophilie béate ». De vraies questions se posaient. Elles sont toujours d’actualité et liées à la pérennité de nos services publics, à la reconnaissance du caractère multipolaire de la Métropole : oui le Pays d’Aix existe, pas forcément d’ailleurs dans toutes les limites de l’ex CPA, quid du Pays d’Aigue par exemple, Vitrolles n’est-elle pas autant tournée vers l’Etang de Berre que vers Aix… mais oui même si ses limites peuvent être ré interrogées le Pays d’Aix a du sens, vraiment du sens ! Aussi en structurant Aix-Marseille Provence métropoles en conseils de territoire, en les dotant de prérogatives sur l’urbanisme, ils sont en charge des PLU intercommunaux et ce n’est pas rien, le législateur a su reconnaître cette importante spécificité et favoriser un autre modèle que celui de la ville-centre qui vassalise « son » espace.

D’autres points encore sont au cœur du débat comme de la future action institutionnelle : Quelles solidarités intra et extra territoriales ? Quid de la disparition du département sur l’espace métropolitain comme ce fût le cas pour le grand Lyon ? Comment structurer une réelle coopération Métropoles Région, quelle articulation avec les autres métropoles du Midi occitan, de l’Europe avec Turin à Barcelone, de la Méditerranée…

Oui tous ces sujets et bien d’autres sont sur la table et les réponses n’ont rien, en ces temps budgétaires contraints et avec les retards accumulés, d’automatiques ni d’évidents.

Elles le sont d’autant moins après le premier conseil métropolitain. Disons-le tout net : Nous ne faisons en rien confiance à un exécutif bleu horizon qui n’a pas su s’ouvrir ni à la diversité politique et bien mal à la diversité territoriale. Alors que la structure a besoin, pour avancer car, il n’est plus d’autre choix, ET d’équilibre ET de sérénité la vieille droite centralisatrice a une nouvelle fois affiché son sectarisme et son arrogante volonté de ne pas partager les prérogatives du pouvoir. Et contrairement à nous, Madame la Maire vous êtes sorties soulagée, là encore ce sont vos mots de ce conseil métropolitain. Si soulagée que vous vous êtes, par la suite, fait élire à la tête du Conseil de territoire.

Par ces positionnements non seulement vous prenez acte, mais là ce n’est que respect dû à la loi, de la naissance de la métropole mais vous en devenez, par votre participation à ces instances de décision, une pièce maîtresse.

Alors comment pouvez-vous aujourd’hui nous présenter un nouveau recours, un nouveau rejet d’une institution dont vous assurez, et dont vous devrez politiquement, assumer, la gestion ?

Cette attitude du « dedans dehors », ne va pas manquer d’être sévèrement jugée par nos concitoyens qui souffrent et rencontrent, sous l’effet cumulé des crises, d’importantes difficultés financières. Comment accepteraient-ils que vous bénéficiez des avantages, et la délibération suivante en porte la trace, d’une structure contre laquelle vous nous proposez d’engager encore de l’argent public ? Cette délibération est, hélas, de celles qui font rejeter la politique et en entraîne le dégoût que note les sondeurs dans les enquêtes d’opinion.

Si vous vouliez, « monter sur la barricade », continuer de dénoncer et combattre devant les tribunaux l’institution vous n’aviez alors qu’un seul choix : Celui de ne pas y siéger. C’est la seule attitude qui aurait pu crédibiliser votre combat et rallier les derniers opposants à votre panache ! Mais voilà avec votre acceptation des postes métropolitains et des prérogatives liées les masques tombent !

Cela n’a aucun sens ni politique, ni même moral, de tenir deux positions puissamment, totalement contradictoires. Et vous aurez beau expliquer que vous êtes contrainte vis-à-vis de la loi vous ne ferez plus illusion. Ce n’est pas la loi, et en rien, qui a forcé votre premier adjoint à candidater à une vice-présidence métropolitaine! Ce n’est pas la loi et en rien qui vous a forcé à devenir présidente du conseil de territoire du Pays d’Aix.

Alors pour conclure je le dis, avec la plus grande fermeté, cessez d’envoyer la ville et le Pays d’Aix dans une impasse institutionnellement illusoire, dans des dédales juridiques où nous ne pouvons que perdre notre temps et égarer notre âme.

Conscient du peu de chance d’être entendu je ne vous demanderai pas de retirer cette délibération.

Mais pourtant vous devriez, tout simplement, tirer les conséquences de votre décision de faire fonctionner « Aix-Marseille Provence » métropole et alors ce retrait deviendrait logiquement, simplement logique et forcément salutaire.

Les générations futures auront à élire, au suffrage universel, le conseil métropolitain. Plus personne alors ne comprendra le sens de votre acharnement « thérapeutico-juridique » que nous condamnons, dès aujourd’hui, avec la plus grande force !

Pour ne rater aucun des articles, inscrivez vous : 

[wysija_form id="3"]

Lien Permanent pour cet article : http://democratiepouraix.fr/2016/03/29/metropole-nous-condamnons-lacharnement-therapeutico-juridique/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>